Waldtraut Helene Treilles
Waldtraut Treilles est née en 1926 dans une famille de propriétaires terriens en Poméranie. Après l’arrestation de son père par la Gestapo, elle est envoyée en camp de travail. En 1945, l’invasion soviétique provoque l’exode des Poméraniens. Sa famille perd tous ses biens. Elle travaille comme secrétaire traductrice auprès des Alliés, puis reprend ses études à la Sorbonne et épouse un professeur français. En 1961, le couple part enseigner au Cameroun, à Tahiti et enfin à La Réunion où il vit encore aujourd’hui.
La vie caméléon
La vie caméléon
Waldtraut Helene Treilles
« De retour au camp après une journée de bois, de glace et de faim, notre seule pensée tournait autour de la bouffe du soir, cette fameuse soupe à l'eau, quelquefois suivie de pommes de terre en robe des champs servies avec une sauce douteuse, une petite cuillerée par Maid, toujours sous l’œil vigilant de la Führerin.
Un jour, celle qui apportait la sauce en ayant renversé un peu sur la table, toutes les filles assises autour se précipitèrent sur cette sauce gluante qu'elles léchèrent et lapèrent à même la table graisseuse et spongieuse, comme des chiots.
Je crois que c'est ce jour-là que je pris conscience pour la première fois de la fragilité du vernis que nous donnent l’éducation et la culture, face à la nécessité toute nue de la survie.
À peine un an auparavant, une bonne vêtue de satin noir m'avait servi une tranche de brochet à la sauce de raifort, sur une assiette de porcelaine, et me voilà, moi aussi, affalée sur une table branlante et dégoûtante, en train de lécher une sauce infecte. »
Waldtraut Helene Treilles
